Boudhisme et religions occidentales

0
Le Dalaï-Lama a donné des enseignements très intéressants à Zürich du 5 au 12.08.05 (www.thedalailama2005.ch).
J'ai vraiment bien aimé. Le niveau était élevé, la compréhension des textes anciens nécessaire et il fallait s'accrocher aux traductions pour comprendre quelque chose...

Ce qui me plaît: un message simple et clair. Développer la pureté du coeur et de l'esprit. La compassion et la sagesse. Pour réaliser la non-substance des choses, des êtres et de la conscience elle-même. Tout étant un enchaînement infini de causes et d'effets.

Cela me permet de relativiser l'importance des évenements, de réaliser que notre état d'esprit importe beaucoup sur la façon dont une évenement nous atteint.

"It's our mind that creates this world"

--
Devant l'engouement qu'a suscité le Dalaï-Lama, plus de 30 K personnes venues pour le voir et l'entendre, les religieux occidentaux se questionnent. voici une analyse.


Klara Obermüller relève les carences des Eglises traditionnelles.


Klara Obermüller relève les carences des Eglises traditionnelles. [Keystone]



ref: Le Dalaï Lama remplit les salles alors que nos églises sont vides. swissinfo s'est entretenu avec Klara Obermüller, spécialiste de la religiosité d'aujourd'hui.

Selon elle, les Eglises doivent mieux utiliser leurs propres ressources, comme par exemple tout ce qui touche à la mystique.


Sur ce sujet:

Pascal Couchepin rencontre le dalaï-lama

swissinfo: Etes-vous personnellement proche du bouddhisme? 

Klara Obermüller: je n'ai absolument aucun lien avec la spiritualité extrême-orientale; je suis beaucoup trop enracinée dans ma tradition occidentale et judéo-chrétienne.

Il y a quelques années, j'ai vu une exposition sur les représentations du Bouddha. En découvrant ces bouddhas tantôt souriants, tantôt sérieux et concentrés, je me suis alors rendu compte que ces représentations suscitaient un sentiment et une perception du monde bien différents de celles que pouvait donner le Christ sur la croix.

swissinfo: Les événements religieux dont on parle riment aujourd'hui presque exclusivement avec «méga-événements». La transmission du sentiment religieux est-elle réservée à des 'personnes d'exception' comme le Dalaï Lama ou le défunt pape Jean-Paul II? 

K.O.: Bien sûr que non, mais ce sont les médias qui alimentent cette perception des choses. De tels événements ont pris ces dernières années une grande importance, car ils donnent aux individus un fort sentiment d'appartenance communautaire et parce qu'ils tournent autour de figures charismatiques. Ce phénomène se vérifie autant avec l'ancien pape qu'avec le Dalaï Lama.

swissinfo: A Zurich, le Dalaï Lama a pris la parole devant près de 10'000 personnes. Qu'est-ce qui rend le bouddhisme tibétain aussi populaire

K.O.: Si je voulais être un peu méchante, je dirais que cet enthousiasme repose sur une connaissance très partielle du bouddhisme. Le peu que l'on en sait suffit à le rendre attrayant: les gens y voient une religion qui promeut la paix, qui fait appel aux sentiments humains, à la compassion et à l'attention à l'égard des individus, des animaux, de la nature et de la création.

Ce sont des valeurs que nous partageons et auxquelles nous aspirons tous autant que nous sommes. Elles jouent aussi un rôle important dans le christianisme, le judaïsme et l'islam. Mais nous associons ces valeurs au seul bouddhisme et non pas aux autres religions. S'ajoute cette touche d'exotisme, dont il émane joie, sérénité et couleur. Le bouddhisme est incontestablement une religion dans laquelle on se sent bien.

swissinfo: En Suisse, les individus se détournent de plus en plus des Eglises traditionnelles. Comment ces dernières devraient-elles réagir? 

K.O.: avec ses rassemblements qui mobilisent les foules, le Dalaï Lama met les Eglises nationales au défi et les confronte à leurs propres carences, soit leur incapacité à satisfaire un public en mal de religieux d'une part et leurs faiblesses institutionnelles d'autre part.

L'Eglise protestante en particulier est très centrée sur la proclamation de la Parole. Chez les protestants, le culte du dimanche se résume à quelques cantiques, à une prédication et à la lecture de quelques passages de la Bible.

La messe catholique fait davantage appel aux sens, l'individu se sent davantage sollicité dans ses émotions, mais le catholicisme a, ces derniers temps, aussi bifurqué vers plus de sobriété. Cultes et messes ne suffisent plus à émouvoir les individus en profondeur, ou pour le dire plus poétiquement, à élever leur âme.

Il ne s'agit bien entendu pas d'introduire des éléments du bouddhisme dans les cultes. Mais les Eglises protestantes devraient réfléchir à la manière de mieux impliquer les individus au niveau émotionnel et de valoriser le vécu communautaire .

Beaucoup de choses se passent au niveau des mots. A Zurich, le Dalaï Lama a communiqué des messages simples, dans une langue compréhensible par tous, même par ceux qui n'ont pas de formation théologique. Ce qu'il a dit au fond n'avait rien d'extraordinaire mais son message est allé droit au cœur des gens.

swissinfo: L'histoire joue-t-elle ici un rôle? 

K.O.: Certainement. Pendant des siècles, les Eglises ont agi en usant de la menace et de la contrainte. De nombreuses fidèles ont eu l'impression que le christianisme se résumait à des ordres et des interdits. Si l'on n'obéissait pas, on était puni et on finissait en enfer: tel était le message que retenaient les gens. Le bouddhisme ne connaît ni représentations du divin ni dogme. C'est ce qui le rend, au premier abord, plus supportable.

Je souhaiterais pour ma part que nos Eglises se rappellent qu'elles ont, dans leurs traditions aussi, des formes d'expression de la foi qui font appel aux sentiments et qui ne sont pas complètement «intellectualisées». Je pense en premier lieu à tout ce qui relève de la mystique, des traditions piétistes ou des communautés charismatiques. Je trouve très important d'exploiter son propre patrimoine avant d'aller puiser dans celui d'autres religions.

swissinfo: Vous faites ici allusion au dialogue entre les religions. Un tel dialogue est-il possible? Et où sont les limites? 

K.O.: Il faut en premier lieu que ce dialogue ait réellement lieu. Pendant longtemps, on s'est fait la guerre, on a dressé des frontières ou l'on s'est constamment dénigré. Aujourd'hui on se rencontre, on se parle, on fait des célébrations communes, on chante et, même, on prie ensemble.

Ces démarches permettent de percevoir ce que nous avons en commun. Et nous partageons beaucoup de choses, notamment tout ce qui relève de l'éthique. La plupart des religions partagent des valeurs communes comme la paix, l'amour de l'être humain et du prochain. Nous pouvons nous retrouver autour de ces valeurs.

Cela devient plus difficile lorsque l'on aborde les dogmes et l'enseignement. Il y a là des différences qu'il est inutile de nier.
En matière de religion, on ne peut pas tout mettre dans une même marmite.

Les religions doivent se différencier les unes des autres. Dans leur manière d'exprimer la religiosité, dans les mots, les rituels, mais aussi dans le contenu de la foi. Cette diversité doit être préservée. Rechercher ce que nous avons en commun sans taire nos différences, c'est cela pour moi le dialogue interreligieux.

Interview swissinfo, Renat Künzi
(traduction de l'allemand: Bertrand Baumann)