Tsunami, dons: où va votre argent ? Lutte contre la corruption.

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http://www.swissinfo.org/sfr/swissinfo.html?siteSect=106&sid=5442807

swissinfo: Mais si une mention est faite, les fonds doivent-ils être obligatoirement consacrés au but visé par le donateur?

 

R.R.: Oui, la loi le veut ainsi. Si, par exemple, le donateur a indiqué la mention «Bam», l'argent doit être consacré à cette ville iranienne frappée par un tremblement de terre. Idem si le don est accompagné de la mention «tsunami». La volonté du donateur doit être respectée.

swissinfo: Il y a quelques années, la Chaîne du bonheur avait récolté 74 millions de francs pour les victimes du glissement de terrain de Gondo, en Valais. Mais toute la somme n'avait pas été consacrée à Gondo. Comment est-ce possible?
 

R.R.: Dans ce cas, il n'y avait pas seulement Gondo, mais aussi des régions touchées ailleurs en Suisse et en Italie. Toutes ont reçu de l'argent. De plus, une fondation a été créée. Elle a pour but de favoriser un développement durable au sud du Simplon.

Sur les 74 millions, c'est tout de même 66 millions qui ont été employés. Le reste de l'argent a été mis en réserve pour le cas où des catastrophes similaires à celle qui a frappé Gondo survenaient dans les montagnes suisses.

Les ONG cherchent à éviter le détournement de l'aide

LE MONDE | 15.01.05 | 13h17
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L'importance des sommes recueillies - près de 11  milliards de dollars - pour assister les victimes des raz de marée pose des problèmes inédits de contrôle, en particulier en Indonésie, classée comme l'un des pays les plus corrompus au monde.

Le coup de tampon administratif tarifé, des droits de douane qui s'envolent, des médicaments qui se volatilisent, des gouvernements qui prélèvent une dîme... Qu'elles s'appellent Médecins sans frontières, Médecins du monde, Fondation de France, Action contre la faim ou la Croix-Rouge, les ONG ont vu tous les cas de figure. "La problématique n'est pas nouvelle, dit Pierre Solignon, le directeur général de MSF. Dans toutes les situations de conflits, d'urgence massive, on représente un objet de captation de l'assistance, une manne potentielle."

Comment imaginer que les sommes astronomiques recueillies en deux semaines auprès des gouvernements, des entreprises et des particuliers - près de 11 milliards de dollars - ne fassent pas l'objet de convoitises ? Comment ne pas craindre que l'Indonésie, qui devrait toucher une large part de cette manne, ne donne raison à Transparency International qui la classe parmi les pays les plus corrompus de la planète ? William Frej, directeur de la mission en Indonésie de l'agence américaine de développement Usaid, se veut rassurant. "Nous avons toute raison de penser que les financements qui viendront dans ce pays seront utilisés de façon très ouverte et transparente et qu'une certaine dose de gouvernance -gestion transparente des fonds- sera introduite."

Pour faire taire les suspicions, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, récemment élu après avoir fait de la lutte contre la corruption une priorité, a engagé la firme d'audit Ernst and Young afin de contrôler l'utilisation de l'aide. Leurs informations seront recoupées par l'autre grand cabinet d'audit, PriceWaterhouse, mandaté par l'ONU pour superviser l'ensemble de l'opération de sauvetage en cours dans la région.

Ces garde-fous permettront sans doute de limiter les risques de "coulage" de l'aide publique. En revanche, les dons privés représentent des espèces sonnantes et trébuchantes ; les garanties sur leur utilisation soulèvent certaines craintes.

Se défendant de tout angélisme, les ONG françaises affirment qu'elles ont mis en place des procédures qui les protègent des détournements des fonds. Chacune a sa recette. "Nous ne remettons jamais aucun argent à des autorités publiques ; les dons que nous recevons sont placés dans des comptes en euros et nous traitons exclusivement avec des ONG européennes, à charge pour elles de s'associer à des ONG locales" dit Jean-Claude Fages, responsable des urgences à la Fondation de France (11 millions reçus, 797 000 euros versés). Autre précaution, ajoute-t-il, seulement 50 % des sommes sont versées à l'engagement, puis au gré du programme au vu d'un document circonstancié sur l'avancement du projet. "Nous conservons 10 % de la somme que l'on verse une fois que l'on a reçu le mémoire des dépenses (salaires, essence, etc.) et après une visite finale sur place."

Voilà pour les principes. Dans la réalité, certains faux frais apparaissent. En période d'urgence, les associations doivent parfois payer des prix "un peu plus forts" compte tenu de la rareté des produits ou des moyens de transport. A Haïti il y a quelques années, se souvient M. Fages, "on n'arrivait plus à acheminer les filets de pêche, les matelas ou les ordinateurs jusqu'à ce qu'on nous fasse comprendre qu'une "petite taxe exceptionnelle" arrangerait bien les choses".

"Il existe un risque d'augmentation des prix, une spéculation", confirme le Secours catholique, qui a recueilli 15 millions d'euros en France et une centaine sur l'ensemble du réseau Caritas. "Mais à aucun moment, dit Daniel Verger, le directeur de l'action internationale, je n'ai entendu parler de détournement. On préfère résister, décharger, charger, encore décharger et recharger les camions aux contrôles avec la guérilla et le gouvernement quand on passe les frontières plutôt que de payer un bakchich. On préfère prendre plus de temps. Ou on contourne l'obstacle en faisant des achats sur place, en acheminant l'aide par bateau..."

Même discours de rigueur à Action contre la faim, qui "a l'habitude de travailler dans les pays difficiles". ACF travaille "sans intermédiaire", lance des appels d'offres selon des procédures "très strictes" et, dans certains pays réputés corrompus, s'arrange pour acheter dans les pays limitrophes.

Doit-on parfois faire des concessions ? En Bosnie, raconte Pierre Salignon de MSF (7 millions reçus en France, 400 000 déjà affectés), il a fallu en faire pour accéder aux enclaves dans l'est du pays contrôlées par les Serbes de Bosnie. "On a été amené à développer des programmes médicaux pour les populations serbes. Etaient-ce des programmes alibis ? Pas vraiment. Ces populations en avaient vraiment besoin et cela a sans doute facilité l'accès aux enclaves."

"TRAÇABILITÉ IMMÉDIATE"

La Croix-Rouge (52 millions reçus) est encore plus à l'aise sur ces questions. S'agissant de l'Indonésie, le professeur Mattei a rencontré le ministre indonésien de la santé qui a dressé une liste de demandes pour tel hôpital des systèmes de radiologie, pour tel autre une dizaine d'ambulances pour remplacer celles englouties par les flots. "Nous, on procède aux achats et on fait livrer. Mais on est d'une âpreté folle lorsqu'il s'agit de négocier avec les gouvernements", dit François Deleval, le directeur de la communication, qui se rappelle des droits de douane qui avaient "explosé" dans certain pays d'Afrique avant de revenir à des taux raisonnables après l'intervention des diplomates.

Patrick David, vice-président de Médecins du monde (4 millions reçus, 700 000 euros déjà versés) parle de "traçabilité immédiate" de l'argent reçu. "Contrairement à l'Unicef, à la Croix-Rouge, au Secours catholique ou à MSF, nous ne sommes pas dans un réseau", ce qui constitue "un risque", dit-il. "Nous choisissons nous-mêmes nos interlocuteurs. Nous sommes dans un système où la chaîne n'est pas discontinue."

Toutes semblent pourtant d'accord sur un point : si l'Indonésie n'est pas un pays "des plus faciles", leur expérience de terrain, leur organisation, leurs systèmes de contrôle et leur taille leur permettent, là comme ailleurs, de déjouer les pièges. Les plus petites ONG en ont-elles les moyens ?

Babette Stern

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.01.05