Verne - Un écrivain global

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Le Temps- Dossier spécial

S'il faut trouver une modernité dans les romans de Jules Verne, c'est plutôt dans l'ampleur mondiale de ses fictions. En un mot, sa dimension globale avant l'heure. L'historien Lucian Boia suppose avec justesse que «Jules Verne a deux passions dans la vie: le théâtre et la géographie. En dépit d'un préjugé tenace, la science n'arrive qu'ensuite, et elle reste un élément secondaire et ajouté.» Avant d'écrire un roman, l'auteur amasse une documentation vertigineuse. Il offre à ses lecteurs des cartes, des explications précises, avec les coordonnées des endroits explorés. Du capitaine Hatteras à Phileas Fogg, ses héros sont occupés à rendre la planète praticable, maîtrisable, de la même façon qu'Internet a pu être décrit comme une planète virtuelle où les distances sont abolies.
– N'est-ce pas d'abord un romancier de l'artifice, un enchanteur de la science?

– La science – ou plutôt la technique – est un outil qui permet l'exploration, la découverte; elle ne l'enchante pas pour elle-même. Verne est surtout le romancier de la quête impossible. Rien n'est vraiment abouti: on n'atteint pas la Lune, ni le centre de la Terre... Ce sont des romans de quêtes. Tout comme la littérature arthurienne: à partir du moment où l'on fait découvrir le Graal aux personnages, le filon s'épuise et disparaît. L'exploration pour elle-même (et l'aventure!) est au cœur des romans.

– Verne fut-il plus critique qu'il n'y paraît? >

– Tout dépend de la période sur laquelle on se penche. Il devient clairement plus pessimiste vers la fin de sa vie. Mais même lorsqu'il chante (soi-disant) les louanges de la technique, en fait elle se révèle toujours ambivalente. Il suffit de voir Les 500 millions de la Bégum où la rationalisation urbaine crée la ville idéale, mais aussi une cité de l'acier et de la terreur. Dans cette dernière (Stahlstadt), on construit un énorme canon. C'est une arme, bien sûr. Mais dans un autre roman, c'est un outil d'exploration (lunaire). Le message de l'écrivain, c'est que les hommes sont responsables de ce qu'ils développent. Je ne pense pas qu'il ait estimé que le progrès résoudrait tous les problèmes. Il chante plutôt la beauté du monde. >